3 septembre 2025
La Chapelle-Chaussée : à la croisée de l’histoire bretonne
Un village, mille vies : aux origines de La Chapelle-Chaussée
Pour qui arpente les chemins de La Chapelle-Chaussée, entre Rennes et Saint-Malo, il est difficile d’imaginer à quel point ce paisible village a traversé les siècles au gré des grands soubresauts de l’Histoire bretonne et française. Située sur l’axe stratégique emprunté depuis l’Antiquité — la fameuse route royale puis nationale —, La Chapelle-Chaussée fut souvent au cœur des passages, négoces et affrontements.
L’âge médiéval et l’empreinte ducale
La première mention écrite de La Chapelle-Chaussée, sous le nom latin de Capella Carreia, apparaît dès le XIIe siècle dans des archives ecclésiastiques.La paroisse dépend alors du diocèse de Saint-Malo (cf. Armorial des communes d’Ille-et-Vilaine, Daniel Delattre). Son histoire intime épouse celle du duché de Bretagne, où pouvoir et foi se disputent l’influence. Trois éléments médiévaux marquent encore la mémoire locale :
- Le bourg original se structure autour d’une chapelle attestée dès le XIIIe siècle.
- Une ancienne motte féodale aurait existé à quelques kilomètres, indiquant la présence d’un petit fief, point de contrôle sur la route d’Angers à Saint-Malo.
- Les foires et marchés saisonniers, dont les premières attestations remontent au XIVe siècle, faisaient de La Chapelle-Chaussée un lieu de négoce pour la toile, le lin et le bestiau.
C’est notamment à cette époque qu’apparaissent dans les registres de nombreuses mentions de conflits d’intérêts entre familles nobles locales, grands prieurs et bourgeois de passage, témoignant que déjà, la vie du village pulse au rythme des défis.
Sur la « Chaussée » : les routes et leurs dangers au temps moderne
La toponymie du village – « chaussée », c’est-à-dire route pavée – rappelle combien la voie qui le traverse fut décisive : ouverte dès l’époque romaine, entretenue par l’administration royale, elle attire autant qu’elle expose.
- En 1488, lors de la campagne finale de la conquête du duché par la France, Charles VIII fait passer ses troupes sur la route traversant La Chapelle-Chaussée (cf. Yvonig Gicquel, Histoire de la Bretagne).
- Des épisodes d’affrontements sporadiques entre ligueurs et royalistes y sont attestés à la fin du XVIe siècle, lors des Guerres de la Ligue.
- Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les archives de l’évêché de Saint-Malo évoquent le passage de charbonniers, colporteurs, mais aussi de « brigands de grand chemin » entre Rennes et Bécherel, pillant parfois les voyageurs à La Chapelle-Chaussée (Archives départementales Ille-et-Vilaine, série 31J).
Malgré les périodes troubles, la commune reste réputée pour l’accueil de ses auberges et relais, qui irriguent un écoulement vif de marchandises et d’informations.
La Révolution, la République et la ferveur locale
À la fin du XVIIIe siècle, le souffle révolutionnaire s’invite dans le village. En 1790, la création des communes bouleverse l’ordre établi. Les Cahiers de Doléance de 1789 (source : Archives départementales) témoignent d’une grande implication des habitants de La Chapelle-Chaussée, inquiets de voir disparaître certains privilèges de gestion communale et la mainmise de l’Église locale sur les biens.
- L’église paroissiale, dont la façade néogothique n’a été édifiée qu’au XIXe siècle, conserve encore des pierres antérieures à la Révolution.
- La maison de « Ker-Jagu », au centre du bourg, aurait servi de cache à des prêtres réfractaires poursuivis par la Convention (source orale, recensée par la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne).
- L’arbre de la Liberté est planté en grande cérémonie au printemps 1793. Des chroniques mentionnent des heurts lors de la fête républicaine, événements rares dans la région, peu encline à la ferveur jacobine.
En 1800, La Chapelle-Chaussée est officiellement intégrée au département d’Ille-et-Vilaine et reprend un essor prudent sous l’Empire puis la Monarchie de Juillet. L’agriculture demeure la ressource première, tandis que le commerce local se développe autour des foires et du transit de la route nationale.
Ruralité et modernité : le XIXe siècle en mutation
À la charnière du XIXe siècle, La Chapelle-Chaussée vit une succession de changements qui imprègnent durablement l’espace et l’imaginaire villageois.
- L’élection du premier maire, en 1790 : Pierre Le Corvec prend la tête d’un conseil essentiellement composé de cultivateurs. Sous sa mandature, de nombreux actes de délibération évoquent la réparation de la route et la restauration de ponts (Archives communales).
- L’arrivée du télégraphe Chappe (1805) : Un relais s’installe non loin du bourg, soulignant l’importance stratégique de la commune entre Rennes et Saint-Malo (source : Musée du Télégraphe Chappe de Saint-Marcan).
- La construction de la nouvelle église (1869-1872) : Cette œuvre, financée grâce aux dons des paroissiens, s’impose par sa nef élevée, ses vitraux colorés et sa flèche visible à des lieues à la ronde. Elle remplace l’église ancienne, devenue trop étroite pour la population croissante (source : base Mérimée, Monuments historiques).
- La guerre de 1870 et la vie communale : Quelques jeunes hommes sont mobilisés lors du siège de Paris, la commune organise à la hâte la collecte de fonds pour aider les familles touchées.
À noter : jusqu’à la fin du XIXe siècle, la vie du village est rythmée par les foires (la plus célèbre, « la Foire Saint-Lubin », attire encore début XXe près de 2000 personnes chaque année selon Ouest-France).
Le XXe siècle : deux guerres et mémoire partagée
Le XXe siècle amène son lot de drames et de reconstruction, dont témoignent encore les monuments, tombes et archives communales.
La Grande Guerre (1914-1918)
- 78 hommes de La Chapelle-Chaussée ont été mobilisés (Registre matricule communal).
- Le monument aux morts, inauguré le 19 juillet 1920, porte les noms de 24 jeunes du village tombés au front.
- Les archives témoignent d’une forte mobilisation féminine à l’arrière, notamment lors des moissons de 1917 (source : Journal L’Émancipateur, 1917).
La Seconde Guerre mondiale
- La Chapelle-Chaussée se trouve brièvement sous occupation allemande à partir de juin 1940. Plusieurs familles hébergent des réfugiés rennais après les bombardements de 1943.
- Le 2 août 1944, le bourg voit passer les forces de la 4e division blindée américaine se dirigeant vers Saint-Malo. Les habitants témoignent d’un accueil enthousiaste (Récits recueillis dans le bulletin municipal 1994).
- Un petit groupe de résistants locaux se forme, en lien avec la zone de parachutage du Bois de la Roche (source : Archives Section FFI locale, Musée de la Résistance Bretagne).
Vie quotidienne, légendes et renouveau contemporain
Au-delà des faits strictement datés, La Chapelle-Chaussée s’est forgé une mémoire colorée d’anecdotes et de traditions. On raconte — cité dans les Contes Populaires de Haute-Bretagne (Paul Sébillot, 1884) — qu’un trésor fut longtemps enfoui sous le dolmen du Bois-Merdrignac, vestige probable d’un culte celtique. D’autres histoires rapportent la « Dame Blanche » qui hanterait la vieille route au crépuscule.
- La tradition des feux de la Saint-Jean perdure, liant générations sur la lande.
- Depuis 1977, la fête communale de septembre est devenue un temps fort qui célèbre aussi la mémoire des anciens combattants.
- Le Conseil municipal met en valeur le petit patrimoine : le lavoir restauré, les croix de chemin, et le sentier d’interprétation inauguré en 2017, jalonné de panneaux relatant l’histoire locale (source : Mairie de La Chapelle-Chaussée).
Ouverture : continuer à faire vivre l’histoire locale
Invite à la flânerie, La Chapelle-Chaussée s’offre comme un livre aux pages encore à écrire. L’histoire du village, traversée par le tumulte des batailles, la ferveur populaire et la solidité rurale, se lit dans chaque pierre. Les récits tissés de générations en générations rappellent combien, au cœur des plus petits villages, bat toujours une histoire grande, partagée, prête à être découverte par les curieux d’aujourd’hui.
Sources principales :
- Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine
- Armorial des communes d’Ille-et-Vilaine, Daniel Delattre
- Base Mérimée, Monuments Historiques
- Ouest-France
- Musée de la Résistance Bretagne
- Paul Sébillot, Contes populaires de Haute-Bretagne (1884)
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